Un samedi presque ordinaire à l’aéroport de Strasbourg-Entzheim

11h45 - Le vol de Royal Air Maroc est prévu pour 12h40. L’aéroport est tranquille. Deux soldats, bérêt évasé sur la tête, patrouillent l’arme au poing. Ah, oui, le plan Vigipirate est toujours en fonction, peut-être même à un cran supérieur. Des passagers attendent à l’embarquement pour Casablanca pour l’enregistrement de leurs bagages. Ils sont souvent accompagnés par la famille. Beaucoup de Marocains ou de Français dont les parents sont marocains.

Une vingtaine de personnes stationnent dans le hall, des papillons à la main. Les militants de RESF 67 sont là, en nombre, pour informer les passagers qu’il y aura dans leur avion un homme embarqué contre son gré Zaccariae Meddah, 23 ans, arrivé en France en 1999, à 14 ans, scolarisé jusqu’à ce que la patrie des droits de l’homme lui refuse des papiers à 18 ans. Il doit arrêter ses études. Son père, en France depuis 1974 a toujours travaillé jusqu’à ce que des ennuis de santé l’en empêchent. Zaccariae a des frères, des oncles, des tantes, des neveux et nièces en France. La loi a fait de lui un sans papiers.

Alors qu’il a fait 31 jours de rétention, la veille de pouvoir être libéré, il est expulsé par le Préfet du Bas-Rhin, M. Rebière.

Au début, à l’aéroport, les choses se passent presque bien. Certes, les policiers contrôlent l’identité de chaque personne tenant à la main des tracts (même sans les distribuer) . Mais ils laissent faire l’information écrite et orale des passagers.

Ceux-ci, à deux exceptions près, un couple de colonialistes ayant passé 27 ans au Cameroun, et une pétasse blonde aux cheveux courts, qui ne veut pas entendre un mot, réagissent très positivement à l’initiative. Ils protestent contre la politique de Sarkozy-Hortefeux. Certains disent qu’ils prendront en charge l’expulsé à sa descente d’avion au Maroc.

Pour le moment l’avion n’est pas encore arrivé de Casablanca.

Un caméramen de France 3 Alsace se voit contrôlé par la PAF. Les policiers lui interdisent de filmer plus avant, arguant qu’il faut une autorisation préfectorale. La journaliste des DNA fait son boulot, interviewe des manifestants et des passagers.

Un peu plus tard, certains policiers semblent s’énerver, on ne sait pourquoi. Entre temps ils ont reçu des instructions de la Préfecture qu’une femme en civil vient communiquer. Un arrêté préfectoral interdit de distribuer des tracts dans l’enceinte de l’aéroport. France, terre des libertés ! Puis l’avion arrive. et se gare tout près de la salle d’embarquement et des contrôles. On attend. Maintenant, il devient interdit de photographier ! Zone Schengen, plan Vigipirate et tout le toutim…Un policier, jeune, blond, calme jusque là prétend interdire à son ancien professeur (!) de faire une photo du tarmac à travers les vitres. Un autre semble en désaccord. Il ne fera pas long feu dans la police…Tous les autres ont disparu.

On attend, on guette. Enfin, on aperçoit, de loin, dans l’ouverture de la passerelle,deux policiers encadrant un jeune homme vers son siège réservé malgré lui. Puis les passagers ordinaires et volontaires passent la passerelle. Il est 13h40, l’embarquement s’achève, une heure après l’heure prévue du décollage. Des membres du réseau restent encore jusqu’àu décollage, on ne sait jamais, il arrive qu’on débarque un expulsé en dernière minute, il arrive parfois que les passagers refusent de décoller avec un passager malgré lui. Il suffit de ne pas fermer sa ceinture.

L’année 2008 a cinq jours, pas de temps à perdre, Hortefeux doit expulser 28 000 personnes contre 25 000 en 2007 (chiffre qu’il n’a pas atteint). Il fait du zèle, car son poste de ministre est en jeu.

L’avion est parti avec le jeune expulsé. Aux dernières nouvelles, son père, gravement malade, doit être hospitalisé ce soir à Paris.

Une victime collatérale…

Seul petit réconfort dans cette grisaille, le mot d’une Française d’origine marocaine : "grâce à vous, je peux être fière d’être Française !"

Merci !

Tout est dans tout
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Samedi 5 janvier 2008.

Publié par  Schlomoh