Russie : la police disperse à coups de matraque des manifestants à Nazran

Des forces paramilitaires russes ont tiré des coups de semonce et matraqué samedi 26 janvier 2008 des manifestants en Ingouchie, dans le Caucase russe, pendant qu’un autre rassemblement d’opposants a été interdit dans l’enclave de Kalinigrad, à l’ouest du pays. Quelque cinq cents personnes ont tenté de manifester à Nazran, principale ville d’Ingouchie, une république voisine de la Tchétchénie, pour dénoncer la corruption du régime, les enlèvements d’opposants et réclamer la démission du président ingouche, Mourat Ziazikov.

Les forces de sécurité ont alors tiré des rafales d’armes automatiques en l’air pour disperser la foule avant de charger les manifestants à coups de matraque. Une manifestation de la coalition d’opposition L’Autre Russie prévue dimanche dans l’enclave russe de Kaliningrad (ouest) a par ailleurs été interdite par les autorités locales et deux opposants, membres de ce mouvement, ont été interpellés, ont annoncé samedi les organisateurs.

« Nous renonçons à manifester demain, car la police nous a appelés et nous a prévenus que tous les manifestants seraient arrêtés s’ils venaient protester », a déclaré le porte-parole d’une branche locale de L’Autre Russie, Sviatoslav Voronine. A Nazran, les protestataires ont riposté à l’attaque policière en jetant des pierres et au moins un cocktail Molotov.

« Pourquoi nous attaquez-vous ? Nous sommes frères ! », ont crié des manifestants en direction de policiers apparemment ingouches. Des centaines d’OMON (forces spéciales de l’Intérieur), de policiers, soldats et paramilitaires et des véhicules blindés avaient été déployés dans le centre de Nazran, bouclé et interdit à la circulation, tandis qu’un hélicoptère survolait la zone. Les violences ont duré environ trois heures.

On ne disposait pas dans l’immédiat d’informations sur d’éventuelles victimes. Des manifestants ont cherché de mettre le feu à l’immeuble du quotidien officiel Serdalo et au principal hôtel d’Ingouchie, l’Assa. De la fumée et des flammes ont été aperçues de ces bâtiments. Des protestataires ont tenté de mettre le feu également aux bureaux de la télévision publique locale, mais ils en ont été empêchés par les forces de sécurité qui les ont violemment battus, a raconté à la presse un employé de la chaîne.

Une demi-douzaine de journalistes qui couvraient l’événement ont été interpellés, d’aprèsla radio Echo de Moscou. Deux correspondants de cette radio indépendante qui ont également été interpellés ont été dans la soirée expulsés d’Ingouchie dans la région voisine de l’Ossétie du Nord, à bord d’un autobus et accompagnés de policiers, après avoir passé huit heures au poste de police.

Deux membres de Mémorial, une organisation de défense des droits de l’Homme, qui observaient la manifestation, ont aussi été interpellés, a fait savoir cette même radio russe. La manifestation était prévue pour réclamer la démission du président Ziazikov, ex-général du FSB, impopulaire en raison notamment des abus auxquels se livrent les forces de l’ordre. Les services secrets russes (FSB, issu de l’ex-KGB) ont décrété l’Ingouchie « zone d’opération antiterroriste », à la veille de l’action de protestation qui avait été interdite. « Des attentats, des prises d’assaut de bâtiments officiels et des affrontements armés avec les forces de l’ordre sont en préparation en Ingouchie », a expliqué la branche locale du FSB pour tenter de justifier cette mesure.

(D’après AFP )

Publié par  Agences de presse