Mexique – La répression et la militarisation dénoncés par les observateurs des droits humains

La Commission civile internationale d’observation pour les droits humains effectue une sixième visite au Mexique dans un contexte de militarisation du pays et de criminalisation des luttes sociales. Sa visite coïncide avec le dixième anniversaire du massacre des indigènes d’Acteal.

VIe visite de la Commission civile internationale d’observation pour les droits humains.

Répression au Mexique, arrestations arbitraires, tortures, disparitions

Le Mexique tente par tous les moyens de donner au monde une image d’un pays démocratique. La vérité est tout autre : le gouvernement de Felipe Calderón, au pouvoir depuis 2006 à la suite d’un scrutin marqué par de nombreuses irrégularités, impose sa politique néolibérale « con mano dura. »

Militarisation, contrôle de la population, barrages militaires, création de forces militaro-policières, répression féroce des luttes sociales, arrestations arbitraires, emprisonnements sans jugement, tortures systématiques, enlèvements, menaces de toutes sortes, ajoutés à la corruption généralisée du système sont la réalité dans laquelle tente de survivre la majorité de la population mexicaine dans une situation de pauvreté côtoyant d’immenses fortunes souvent liées au trafic de drogue.

Dans ce contexte, la Commission civile internationale d’observation pour les droits humains (CCIODH) a entrepris sa VIe visite le 30 janvier 2008 à Mexico. Elle s’est rendue ensuite à San Salvador Atenco puis au Chiapas et à Oaxaca pour se terminer le 19 février dans le District Fédéral (Mexico).

A la suite du massacre de 45 indigènes, hommes, femmes, enfants, le 22 décembre 1997 à Acteal (Chiapas), la société civile internationale s’est mobilisée pour exprimer son indignation. En février 1998 s’est créée à Barcelone la CCIODH comptant la participation de personnes d’une dizaine de pays et d’horizons divers. Elle est totalement indépendante d’organisations et de partis politiques. Son financement est assuré intégralement par la participation de ses membres.

Son premier rapport était accablant pour le gouvernement mexicain. En novembre 1999, la Commission a effectué une deuxième visite au Chiapas afin d’évaluer la situation et de vérifier l’application de ses recommandations. En 2002, une troisième visite a été réalisée, objet d’un volumineux rapport. Comme pour les précédents, il a été remis aux autorités mexicaines et aux différents interlocuteurs. Il a été présenté à plusieurs parlements nationaux, au Parlement Européen et à la Commission des Droits Humains de l’ONU.

Dans l’Etat de Mexico, un projet de création d’un aéroport international sur des terres agricoles provoque l’hostilité de la majorité des habitants de San Salvador Atenco et Texcoco. La population organisée autour du Front des Communes pour la Défense de la Terre (FDPT Frente de Pueblos en Defensa de la Tierra) s’est opposée pacifiquement au projet du gouvernement. Les 3 et 4 mai 2006, une violente répression s’est abattue sur la population, mobilisant les différentes forces de police de l’Etat de Mexico et les forces spéciales fédérales. Le résultat de cette intervention est accablant : deux jeunes de 14 et 20 ans tués par la police, des dizaines de blessés, des centaines d’arrestations arbitraires et illégales suivies de tortures et de viols et des maisons saccagées.

La CCIODH a réagi rapidement en organisant une IVe visite. Des centaines de témoignages ont été recueillis auprès des habitants des deux communes concernées, de prisonnier.ères encore incarcéré.es et d’ex-prisonnier.ères.

En mai 2006, dans l’État de Oaxaca, les enseignants ont entamé une lutte pour l’amélioration de leurs conditions salariales. Suite à la répression déclenchée par le gouvernement de Oaxaca, le mouvement, jusque-là limité à des revendications corporatives, s’est étendu et transformé en un vaste mouvement populaire, exigeant des réformes et la destitution du gouverneur Ulises Ruiz Ortiz. La répression a été une fois de plus la réponse du gouverneur : des centaines d’arrestations, viols, tortures et disparitions de personnes. La Commission s’est rendue sur place pour une cinquième visite en janvier 2007. Ses constatations et conclusions sont accablantes pour le régime devenu quasiment une dictature militaire composée de politiciens corrompus sans uniforme.

Pour sa VIe visite, la Commission civile internationale, composée de 51 personnes de neuf pays, s’est donné pour objectif de vérifier l’application de ses recommandations antérieures à la lumière de la situation actuelle qui prévaut dans les régions concernées. A Atenco, les responsables des agissements criminels restent impunis. Au Chiapas, on constate une recrudescence de l’activité des paramilitaires, et, 10 ans après le massacre d’Acteal, l’impunité subsiste. A Oaxaca, malgré l’emprisonnement de plusieurs leaders, la lutte sociale n’a pas faibli. La situation politique et sociale est explosive et la population est étroitement contrôlée par l’armée et la police.

Lors de sa visite, la CCIODH a recueilli plusieurs centaines de témoignages. Elle a rencontré des membres des gouvernements des Etats et du gouvernement fédéral, des représentants d’organisations des mouvements sociaux et de défense des droits humains ainsi que des victimes de violations des droits humains. Elle s’est rendue dans plusieurs prisons afin de s’entretenir avec des détenus victimes d’arrestations arbitraires et de tortures.

Au cours du mois d’avril, une délégation se rendra à nouveau au Mexique pour remettre son rapport ainsi qu’un documentaire. Les délégués de la Commission présenteront ensuite le rapport dans leurs pays respectifs ainsi qu’aux diverses instances internationales et à l’opinion publique.

Toutes les informations sur le site de la Commission : _ http://cciodh.pangea.org

Publié par  Rhizome