La rafle du foyer Terre au Curé vue du Mali

Suite à la rafle qui a eu lieu le matin du 12 février 2008 dans un foyer de travailleurs immigrés du 13ème arrondissement à Paris, rafle d’une exceptionnelle envergure : 400 policiers avec chiens, portes et mobiliers cassés ainsi que le bureau du directeur, confiscation de biens, violences physiques … 115 personnes ont été interpellées, dont 105 sans papiers, essentiellement des Maliens et des Sénégalais.

Cette rafle était commandée sous commission rogatoire, au prétexte de traquer les personnes qui hébergent des travailleurs immigrés dans des conditions insalubres, mais elle avait pour but réel de contrôler les identités et traquer les étrangers sans papiers en vue de les expulser.

Le syndicat de la magistrature signale : « l’instrumentalisation des juges d’instruction : sur commission rogatoire, les enquêteurs peuvent mener des opérations d’envergure dans les hôtels, foyers ou campements et dans le cadre des perquisitions et contrôles d’identité menés, ouvrir des procédures « incidentes » à l’encontre d’étrangers sans papiers ; à Paris, aucune charge n’a semble-t-il été retenue contre les neuf personnes soupçonnées d’avoir organisé un hébergement contraire à la dignité, alors que pas moins de 90 personnes ont été immédiatement placées au centre de rétention administrative de Versailles. »

L’AME craint que ces opérations tendent à salir l’image des foyers de travailleurs immigrés aux yeux de l’opinion et aussi du quartier, en mettant en avant que ces foyers servent avant tout aux trafics en tous genres, alors qu’il s’agit de lieux de vie où les travailleurs immigrés ont pu aussi s’organiser en tant qu’acteurs de développement pour leur pays.

La mobilisation de soutien a été importante en France, dès le début des opérations policières, associations mais aussi habitants du quartier ; de plus, 20 avocats se sont mobilisés pour soutenir les personnes interpellées. A ce jour la moitié a pu être libérée.

L’AME dénonce ces exactions qui bafouent les droits humains et qui n’ont pour but que d’atteindre les objectifs chiffrés d’expulsions de 25 000 personnes par an.

L’AME interpelle l’Etat malien et tous les partis politiques qui ont tenu des promesses de soutien aux Maliens de l’extérieur pendant la campagne électorale, ainsi que l’ensemble de la société malienne, considérant qu’il y a atteinte à la dignité de ses citoyens vivant en France et les invitent à une grande vigilance quant à la montée de l’insécurité pour la communauté malienne en France.

Association Malienne des Expulsés (AME)
Bamako – Mali

Publié par  Rhizome