Incidents à répétition au camp de rétention de Vincennes

Incidents, violences, départs de feu : le centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes, le plus grand de France, est le théâtre depuis plusieurs semaines de tensions, conséquences, pour les associations, de « l’industrialisation » de la rétention des étrangers sans papiers.

Dans la nuit de lundi à mardi, une soixantaine de policiers sont intervenus dans le CRA à deux reprises de manière musclée, d’après des témoignages recueillis par la Cimade, seule association habilitée dans les centres : la première après l’extinction des téléviseurs et la deuxième après des débuts d’incendie de literie plus tard dans la nuit, suivie d’une fouille des chambres durant laquelle un Coran aurait été déchiré.

Deux retenus ont été hospitalisés. L’un d’eux, revenu dès mardi, présentait un gros hématome au bras et un traumatisme crânien sans perte de connaissance attestés par un certificat médical, qui préconise des soins pendant 10 jours, selon la Cimade. Le second est revenu jeudi avec des « hématomes, le bras en écharpe et des agrafes sur le crâne », a précisé l’association à l’AFP.

Cette poussée de fièvre illustre le climat de tension qui règne depuis la fin du mois de décembre dans ce centre, dont le taux d’occupation avoisine les 95% dans les deux bâtiments de chacun 140 places.

« La tension n’est pas redescendue et l’épisode des Maliens (interpellés mardi dans un foyer du 13e arrondissement de Paris et dont 90 ont été placés en rétention, ndlr) n’aide pas », fait valoir une intervenante de la Cimade. La capacité légale maximale d’un CRA est de 140 places, mais les associations estiment que Vincennes 1 et 2, distants de 15 mètres, ne forment qu’un seul centre de 280 places, « symbole de l’industrialisation de la rétention et de l’expulsion. »

Le président de la Ligue des droits de l’Homme, Jean-Pierre Dubois, parle d’« une augmentation de la violence particulièrement nette depuis plusieurs semaines« avec des cas de »brutalités physiques« , de »vexations comparables aux brimades en milieu carcéral. »

« Ces gens se disent qu’ils n’ont plus rien à perdre et autant ne pas se laisser faire comme des moutons« , analyse M. Dubois. »L’administration va se trouver très vite confrontée à un dilemme : brutalité croissante – et malheureusement ça va un peu dans ce sens là – ou bien débordement. » Le président de la Commission nationale de contrôle des CRA et des zones d’attente, Bernard Chemin, mettait en exergue, dans ses observations annexées au rapport remis au Parlement en décembre, les « interrogations » suscitées par la dimension des centres les plus récents, dont fait partie celui de Vincennes.

M. Chemin estimait que « le regroupement de personnes » susceptibles de se faire expulser et « soucieuses de faire échec » à une telle mesure, « joint à un régime de type carcéral (...) aboutit souvent à créer un climat de tension, d’hostilité, voire d’agressivité. »

Les comportements « désespérés » ont une réalité, souligne à l’AFP la Cimade : « entre 10 et 20 tentatives de suicide depuis fin décembre, des automutilations fréquentes, des grèves de la faim individuelles, des départs de feux quasi quotidiens, l’intervention de renforts policiers extérieurs au moins deux fois par semaine. »

Lors d’une visite organisée pour la presse le 4 janvier, après des mouvements de protestation, Bruno Marey, chef du service de garde des CRA de Paris à la Préfecture de Police, avait qualifié d’« exceptionnelle » l’intervention de forces extérieures le 30 décembre.

Sophie Lautier – AFP – 15/02/2008

Publié par  Agences de presse