Evacuation des Enfants de Don Quichotte

Communiqué de presse des Enfants de Don Quichotte

Expulsion du campement

Les forces de l’ordre ont évacué les citoyens et les 250 tentes installés samedi 15 décembre à Paris, dans le square Jean XXXIII et quai Montebello. Le gouvernement a décidé d’empêcher une mobilisation citoyenne de solidarité avec les sans abris. Cette attitude est lamentable et irresponsable. Elle vise à étouffer une parole de citoyens non partisans et empêche que la réalité de la situation actuelle des personnes sans abris soit connue de tous.

C’est par peur de cette vérité que le pouvoir politique a utilisé la force face à des citoyens non violents. Mme BOUTIN a une responsabilité particulière dans cette affaire. Les arguments qu’elle utilise pour justifier le refus du campement sont fallacieux.

- Elle dit que l’endroit était dangereux. Mais les tentes placées dans le jardin de la cathédrale de Paris, dans une zone sans aucun danger, ont été arrachées les premières.
- Elle dit que les campements peuvent mettre en difficulté leurs participants. Cette approche occulte le fait que c’est la vie à la rue qui, dans tous les cas, met en péril ceux qui la subissent. Force est de constater que tous les jours des personnes restent sans hébergement parce qu’il n’y a plus de place ou les places qu’on leur propose sont indignes. Notre projet est d’installer un campement « refuge », auquel des associations auraient pu apporter leur soutien logistique et humain, par la présence de travailleurs sociaux. En empêchant cette initiative, Mme BOUTIN maintient les plus démunis dans l’isolement, ce qui les rend encore plus vulnérables.

- Enfin, elle dit qu’il y a des places disponibles d’hébergement ce qui est encore ambigu. Toutes les dernières semaines, les centres étaient saturés, et le 115 refusait des demandes, il n’y a qu’a les interroger. Cela étant, depuis 2 jours, des gymnases sont ouverts ce qui diminue fortement le nombre de non réponses. Mais pour combien de temps ? Qu’en sera-t-il quand le thermomètre aura gagné quelques degrés, que ces gymnases fermeront, avec un retour à la rue de ceux qui y sont ? Et combien de centaines de personnes dorment malgré tout dehors, parce que ces propositions ne leur conviennent aucunement. Mme BOUTIN elle même accepterait elle de passer plusieurs jours à dormir dans ces conditions ?

Mensonge d’Etat : où sont les contre-pouvoirs ?

Au delà du campement, Mme BOUTIN persiste à vouloir faire croire que le gouvernement a respecté les engagements pris. Son communiqué du 13/12/07 a pour titre « Le plan 2007 Plan d’action renforcé en faveur des sans abris a été respecté » C’est un mensonge flagrant et inacceptable, et elle reconnaît pourtant elle même qu’il y a 13000 places qui « manquent ».

Mais cela n’est malheureusement pas une erreur, c’est une stratégie. Déjà dans le journal Famille Chrétienne du 1/12/07 elle disait : « J’affirme que nous avons atteint les 21000 places promises par mon prédécesseur pour le PARSA », mentant à la fois sur l’objectif et sur la réalisation. Cette désinformation par une Ministre qui qualifie de « respecté » un plan à moitié accompli est une insulte pour tous ceux qui dorment aujourd’hui dehors parce que les promesses n’ont pas été tenues.

En effet, l’accès des personnes actuellement hébergées aux 13 000 logements prévus mais manquants aurait permis à autant de personnes de sortir de la rue. Nous appelons les Parlementaires à jouer leur rôle constitutionnel de contrôle du Gouvernement et de l’application des lois, notamment des lois DALO, SRU et ENL. Les Parlementaires que nous avons alertés dans le courant de l’année, ont une responsabilité flagrante dans cette non-politique en matière de logement et le vote d’un budget 2008 inadapté.

Il n’y a pas de fatalité !

Nous rappelons qu’il n’y a aucune fatalité à cette situation, qui n’est que la conséquence d’une insuffisante mobilisation par l’Etat des moyens techniques et financiers nécessaires. Dire comme elle le fait que « tous les moyens sont employés » est encore un mensonge. Nous avons des exemples précis, par exemple d’hôtels qui étaient à vendre à Paris, et qui auraient pu être transformés en centres d’hébergement, mais le manque de moyens opérationnels et financiers a fait échouer ces opérations. Enfin elle pousse le cynisme à souligner que Augustin Legrand fait partie du secrétariat du comite de suivi PARSA et qu’il peut faire des propositions tous les 15 jours [1].

Mme BOUTIN sait très bien que nous avons fait sans cesse des propositions concrètes, en nous appuyant notamment sur le rapport du comité de suivi de la loi « Droit au Logement opposable », qui préconise 37 mesures. Le problème n’est absolument pas le manque de propositions, mais le manque de volonté de l’Etat pour les appliquer. Compte tenu de tout cela, revendiquer le titre de « Ministre des pauvres » comme le fait Mme BOUTIN [2] est prétentieux et indécent. Nous nous exprimerons sur cette situation jeudi 20 décembre à l’occasion du prochain comité de suivi PARSA, mais dès à présent, nous demandons à Mme BOUTIN un débat contradictoire public et en présence d’experts reconnus.

M. Sarkozy doit tenir ses promesses électorales

Enfin, nous savons bien que Mme BOUTIN manque de moyens, notamment budgétaires, et qu’elle est finalement victime de son excès de zèle dans la solidarité avec le Président de la République. Celui qui se définit comme le responsable de la politique menée c’est Nicolas SARKOZY. Nous appelons le Président de la République à prendre conscience du gâchis humain et économique lié à la situation actuelle, à étudier sérieusement les propositions des experts pour rendre effectif le droit au logement opposable, et à agir sans attendre avec volontarisme.

Le Président de la République a pris des engagements forts pendant la campagne électorale, assurant que fin 2008, plus personne ne serait obligé de dormir dehors et d’y mourir de froid. Si l’on veut que cette promesse se concrétise, c’est maintenant qu’il faut prévoir les moyens nécessaires. Nicolas SARKOZY doit arrêter de faire la sourde oreille. Nous l’invitons à prendre les mesures indispensables pour que le droit au logement devienne une réalité pour tous, y compris pour les plus démunis de nos concitoyens.

C’est avec volontarisme qu’il faut rendre la République plus juste et plus solidaire. De notre côté, nous allons étudier avec les associations de lutte contre l’exclusion la manière adaptée de poursuivre la mobilisation citoyenne.

Source ou site Web en rapport : Les Enfants de Don Quichotte - http://www.lesenfantsdedonquichotte.com/v4/index.html

[1] Communiqué du Ministère du Logement 13/12/07

[2] Hebdomadaire Famille Chrétienne du 01/12/07

Publié par  Tiny